2 français sur le podium du Tezuka !

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Aujourd’hui nous recevons Jero et Mochi, deux auteurs français, pour une interview croisée à propos du concours de manga Tezuka !

Le Tezuka Manga Contest de son nom original est une compétition annuelle organisée par la Shueisha (la maison d’édition du Weekly Shonen Jump et de grands noms du manga tels que Dragon Ball, One Piece, Naruto…) qui offre la possibilité à des auteurs non édités de proposer une histoire courte (one-shot) et de se voir publier dans le Weekly Shonen Jump.

Cette année, pour la 100ème édition, le concours s’est ouvert à l’international et le 3 Décembre nous avons eu l’immense plaisir de découvrir deux noms français dans le podium du classement diffusé dans le Jump : Jero et Mochi.

Ils ont su convaincre un jury composé de très grands noms du Jump : Akira Toryama (Dragon Ball), Eiichiro Oda (One Piece), Takehiko Inoue (Slam Dunk), Kohei Horikoshi (My Hero Academia, qui avait lui-même remporté le Tezuka en tant qu’espoirs), Kazue Kato (Blue Exorcist).

Jero, avec son one-shot Devil Dive Inferno a terminé deuxième et remporte donc 1 million de Yens et la publication de son one-shot dans le Weekly Shonen Jump Special Edition.

Mochi, avec son one-shot The Tengu Trial a terminé troisième et remporte lui 500 000 Yens.

Mais en plus de ces récompenses, ils ont tous deux été « confirmés » par ces très grands auteurs et ont donc une énorme reconnaissance pour leur talent, en plus d’être invités à la remise des récompenses qui se fera à Tokyo au Japon.

Pour l’occasion, nous avons eu la chance de les recevoir dans le Kippon Dream et de leur poser quelques questions. Voici leur interview croisée !

Bonjour à tous les deux et merci d’avance pour vos réponses ! Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Jero : Je m’appelle Jéronimo, j’ai un âge incertain que tout le monde connait désormais grâce au Tezuka… Je suis auteur pro depuis environ 2017 avec une première série du nom de Lil berry, en 3 tomes chez Delcourt Tonkam.

Mochi : Moi c’est Mochi, j’ai 29 ans et je suis un illustrateur freelance inconnu au bataillon d’exploration qui rêve d’être édité au Japon depuis sa plus tendre enfance ! Je n’ai pas encore d’œuvre édité à mon actif mais je prépare activement un projet manga nommé « Ikki » avec mon scénariste : Sébastien Abdelhamid Godelu !

Comment avez-vous connu le concours Tezuka et à quel moment avez-vous pris la décision d’y participer ?

J : J’ai appris l’existence du concours Tezuka l’année même où ils ont annoncé leur ouverture au monde, donc cette année, en 2020. Je savais que les japonais fonctionnaient beaucoup avec des concours mais je m’y suis jamais vraiment intéressé. Sans mentir, c’est le jury de cette année qui m’a convaincu d’y participer. Ca a été annoncé en Avril/Mai il me semble, je m’y suis mis fin Juillet et je me suis enfermé pendant 45 jours pour boucler le one shot ! 

M : Alors j’ai été mis au courant par des amis qui avaient décidé d’y participer vers le mois de Mai, à ce moment je travaillais déjà sur Ikki et sur d’autres commissions. Je ne pensais pas le faire par manque de temps et puis surtout que les concours et moi ça fait deux. Et puis à force de parler des possibilités qu’offrait ce concours avec mes amis j’ai pensé que ça serait une bêtise de ne pas y participer aussi infime soit la possibilité que je réussisse. Alors je me suis dépêché de finir tous mes travaux et engagements le plus vite possible. Vers fin Juillet j’étais enfin libre et j’ai commencé à écrire plusieurs tests de scénario dans le rush en faisant le storyboard en même temps, c’était vraiment une course contre la montre ! Le 1er Août j’ai commencé à plancher en visant les 3 planches par jour, chose qui me semblait plutôt difficile car je suis plutôt du genre à prendre mon temps quand j’en ai l’occasion, du coup je n’étais pas du tout habitué à ce rythme. Mais force est de croire que quand on veut on peut !

Quelle histoire avez-vous choisi pour l’occasion ? Est-ce que c’était un projet que vous aviez déjà dans les cartons ou vous en avez inventé une nouvelle pour l’occasion ?

J : J’ai pris une histoire que j’avais dans mes tiroirs mais elle tenait en deux mots sur un post it : Lucha Libre. Du coup, j’ai écrit tout ce qu’il y a autour et fait le storyboard en deux, trois jours pour ensuite attaquer directement. Pour le synopsis… j’en ai pas écrit mais j’ai le lien : https://medibang.com/book/nj2008241720168650016523250/

M : Pour l’histoire avant de la trouver j’ai réalisé plusieurs essais en me laissant 2/3 jours pour choisir. Je cherchais une histoire me permettant de mettre certaines de mes qualités en avant, la facilité me semblait de faire un projet purement shonen mais ça ne me bottait pas sur le moment. Du coup j’ai également pensé à faire une histoire sur l’un de mes projets personnels, qui aurait mis en scene Ryusuke (l’un des protagonistes de Tengu Trial) mais je me suis finalement ravisé car je préférais avoir un niveau accompli avant de réaliser ce projet de cœur. Du coup j’ai fait un melting-pot et j’ai sorti une histoire de fantasy un peu d’inspiration Ghibli, se passant dans l’univers de Purple Eyes (mon fameux projet) et mettant en scène une jeune fille déterminé, prête à braver une montagne maudite pour sauver sa tribu d’un destin funeste, tout en gardant un certain mystère du monde dans lequel elle évolue. Vous pouvez trouver la version française juste ici : https://medibang.com/book/pz2012090409274550015763219/view/

Quelle a été votre principale motivation en envoyant ce one-shot ? Vous étiez-vous fixé des objectifs ?

J : Clairement, c’était de m’entrainer avant d’attaquer les projets que j’avais de prévu en France. Il y en avait deux à ce moment (finalement il n’y en n’a plus qu’un et tant mieux !). Donc mon but là c’était de tomber 55 pages en un minimum de temps, seul face à ma planche à dessin (je déconne, je suis devant une Cintiq). Bon, aussi, c’était l’espoir d’être lu par les mangakas présents dans le jury !

M : Il y en a beaucoup ! (Rire) Tout d’abord je voulais absolument savoir ce que je vaux aux yeux de certains de mes auteurs favoris, si je suis là et que j’adore les mangas c’est grâce à eux alors me dire qu’ils puissent lire mon œuvre me comblerait vraiment de joie ! Ensuite réaliser mes rêves, à savoir aller au Japon et y devenir auteur (je n’y ai encore jamais mis les pieds ) ! Alors y aller pour la première fois uniquement grâce à mon coup de crayon, c’est une sacrée consécration !  Enfin concernant mes objectifs, il y avait la volonté de m’exercer à un certain rythme avant de commencer Ikki qui me demandera forcément beaucoup d’expertise, j’ai peu de confiance en moi au sujet de ma rapidité d’exécution et de mon rendu dû au fait que je n’ai pas encore eu d’expérience concrète dans la bande-dessinée alors je voyais ça comme un bon échauffement et j’aurais au moins pu me prouver que j’en étais capable.

Quelle réaction avez-vous eu en apprenant votre classement ? Vous attendiez-vous à un tel résultat ?

 J : Jamais j’aurais pensé être aussi bien classé mondialement avec mon one shot Devil Dive Inferno. La seule pensée que j’ai eu en recevant le mail deux semaines avant l’annonce véritable des résultats a été de penser qu’ils s’étaient trompés de destinataire. Mais il y avait écrit mon nom et le titre de mon one shot dans le mail donc… 

M :Alors là sans faire de détour, c’était le choc ! Il faut savoir que juste quelques minutes avant de voir le mail je parlais de Tengu Trial au passé (rire) je discutais avec ma copine qui me disait que je devais faire une traduction française pour que son petit frère puisse la lire et moi je lui répondais que je préférais lui épargner ça, ça vous donne un avant-gout d’à quel point je ne croyais absolument pas en ce travail. Je préférais plutôt lui envoyer par mail un extrait du projet que j’ai en commun avec Seb pour avoir son avis et c’est exactement à ce moment-là que je vois un mail venant de Medibang (partenaire de la Shueisha sur ce conours) me félicitant et disant que je venais de recevoir une mention honorable aka le 3ème prix. J’en croyais pas mes yeux ! Je crois que l’information a pris du temps à monter à mon cerveau, je me suis tourné vers ma copine en lui disant « Tu veux que je te raconte une blague ? ». J’étais tellement heureux que je me souviens bien ne pas avoir fermé l’œil de la nuit à force de penser à la suite.

Cela doit être une belle fierté que d’avoir son one-shot lu et commenté par de tels mangakas ? Etiez-vous fan de ces auteurs ?

 J : Pratiquement fan de tous ces auteurs pour ce qu’ils ont accompli, leurs carrières etc. Mais j’ai pas lu toutes leurs oeuvres.

M : Evidemment !! Vous imaginez la route arc-en-ciel sur mon CV là !? Quand j’ai décidé de devenir auteur de BD c’était dans ma chambre au collège face à un poster du film Dragon Ball evolution ! (Ok je rigole c’etait DBZ fusions). Sinon pour ma part j’ai lu au moins une œuvre de chacun des artistes présents dans le jury et voir leurs commentaires m’a gonflé à bloc ! Ce n’est pas tous les jours que l’on peut avoir une critique constructive de son travail venant d’auteurs aussi prestigieux. N’importe quel artiste en serait à mon avis, très fier.

Comment attendez-vous la cérémonie de remise de récompense ? Ce n’est pas trop long ?

 J : J’attend sur ma chaise, dans mon bureau, je regarde le plafond jour après jour.

M : Avec beaucoup d’impatience, j’ai prévu d’en profiter un max, si la cérémonie est bien celle qui était prévue au départ, c’est comme participer aux Oscars du manga ! Du coup pour l’instant je me contente d’espérer que la crise du Covid s’endigue le plus rapidement possible pour avoir enfin droit à une date ! Croisons les doigts !

Pensez-vous que finir dans le top 3 du Jump dans un concours international organisé par la Shueisha prouve que les français sont tout à faits légitimes pour faire des mangas ?

 J : Les Français, les Coréens, les Chiliens, le monde quoi. Tout le monde est légitime, et un jour on dira plus manga francais (ou manfra j’sais pas quoi) mais juste manga.

M : Personnellement j’ai vécu dans les quartiers alors je suis loin de me penser exceptionnel, je pense que tout le monde a le droit de rêver et peut se donner les moyens d’y arriver. Le reste dépend de tout un chacun, de ses convictions personnelles et du temps qu’il est prêt à consacrer à ses ambitions, ça peut sembler naïf mais des fois mine de rien ça paye. Dans le cas de ce concours la France est le seul pays à avoir deux participants parmi les finalistes, force est de constater que les artistes français ont du potentiel ! Après il y a un petit détail qui garde son importance, c’est qu’il n’y avait aucun japonais qui participait, donc face à eux on ne sait pas vraiment ce que l’on vaut, je pense qu’il y a encore du chemin avant de pouvoir les égaler. Mais personnellement je trouve ça motivant, pas vous ?

Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes auteurs qui se lancent dans le manga ?

 J : Je suis pas bon en conseil mais juste faire du manga, faire ce qu’ils kiffent et se confronter aux retours et critiques constructives, prendre du recul sur ce qu’on fait. Et faire des pages à l’infini, on s’en fiche si c’est bancal au début, l’important c’est pas que ce soit parfait, mais que ce soit fini.

M : Rejoignez-moi, et partons tous ensemble à l’assaut de nos rêves ! Le travail de mangaka est très exigeant et sélectif mais l’important pour se lancer c’est de ne pas abandonner et de ne jamais cesser d’y croire, peu importe votre âge ou votre niveau restez positif, il n’y a pas de limites ou de règles quand on prend un crayon et qu’on veut raconter des histoires avec ! J’aimerais aussi rajouter que rien ne sert de se hâter, si on veut avoir un meilleur rendu il faut de la préparation sur des années et se donner des défis, sans oublier de dessiner avec régularité sans se poser de limites, tout en élargissant ses horizons. Quand à vos inspirations, je pense que c’est la meilleure façon de se diriger vers quelque chose d’original et de maîtrisé. Donc évitez de reprendre un style si vous voulez sortir de la masse. Il n’y aura jamais deux Eiichiro Oda

Quels sont vos projets pour la suite ? De nouvelles ambitions grâce aux résultats du concours ?

 J : Je pense clairement integrer le Jump avec une série sur le long terme hein ! … C’est faux, pas du tout. Mais si on me donne l’opportunité de travailler avec un editeur japonais juste pour realiser un ou deux one shot, ce sera déjà avec plaisir. En attendant, les projets pour l’instant c’est ma nouvelle série chez Ankama, du nom de Ripper, qui sortira je ne sais pas quand pour l’instant (2021 ou 2022, on verra bien.) et en espérant qu’elle plaise un maximum au lectorat français pour aller au-delà des tomes prévus.

M : Ce concours m’a clairement permis de prendre confiance en moi, j’étais assez déçu de mes planches, à cause du manque de temps je n’ai pas eu l’occasion de me donner à fond et pourtant ça a plu, alors ça me surmotive pour ce qui est de gâter mes futurs lecteurs, que ce soit avec Ikki ou de futurs projets, pour moi ça marque un tournant alors on verra ce que ça donnera ! 

Où pouvons-nous vous retrouver ?

 J : Dans le coeur de tout un chacun ! Et plus précisement sur Twitter : https://twitter.com/Jero_CJD / sur Instagram : https://www.instagram.com/jero_cjd/?hl=fr et sur Twitch où on tchatchouille et on dessine tranquillement :  https://www.twitch.tv/jerocjd 

M : Alors vous pouvez me retrouver : sur Instagram : Mochi.d_art, sur Twitter : @xenoga93 (en Janvier je modifierai surement mon @ pour que l’on me retrouve plus facilement). Et si le Covid le permet l’an prochain vous pourrez me retrouver à la Japan expo paris sur le stand popsicle (S671) en juillet, n’hésitez pas à venir discuter !

Bonus : Des auteurs de manga français dans le top 3 du Jump, alors ça y est on peut arrêter avec les termes Franga ou Manfra ?

J : Faut dire Frangala, ça sonne mieux.

M : Les termes manfra ou franga ne me sied guerre je préfère de loin le terme de mangaka, et si pour le mériter je dois empreinter le même chemin que Boichi (Auteur du manga Sun-Ken-Rock) qui est d’origine Coréenne alors ainsi soit-il. Je trouves ces termes un peu réducteur, c’est comme dire d’un français qui veut devenir Samouraï qu’il sera un « Framouraï » quoi qu’il arrive (rire).

Merci beaucoup à vous deux ! Je pense que les lecteurs ont aussi hâte que nous de découvrir vos futurs projets !

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